Interview – Busta Flex Célèbre ses 20 ans avec une Réédition CD et Vinyle Limited Edition le 6 Avril – En Tournée avec NTM en France

J’aimerais qu’on commence par le commencement. Tes premières apparitions discographiques remontent à la mixtape de Cut Killer. Tu peux revenir sur ça et ce que ça représentait à l’époque de figurer sur un tel projet quand le DJ était encore très  prescripteur ?

 

A l’époque j’étais en amateur avec mon frère, notre groupe s’appelait Original Blue Fonk ; j’avais pris ce titre-là par rapport à l’album de Heavy D « Blue Funk ». Je le trouvais tellement lourd et je me suis dit « Allez, on va appeler notre groupe comme ça, c’est mortel ». Et donc, le mec qui s’occupait de nous avait les boutiques sur Châtelet New York Store, et Double Source, qui après est devenu Homecore. C’est lui, avec ses associés, qui ont créé tout ça. Et lui, à la base, c’est un mec de Saint Denis, c’était un pote de mon grand frère, ils étaient ensemble à l’école hôtelière. Etant donné qu’il était à Châtelet même, qu’ils vendaient des sapes, tout le monde passait là-bas. Comme il avait pas mal de contact, un jour il nous a dit : « Y’a Cut killer qui fait sa mixtape rap français, et il voudrait bien que vous apparaissiez dedans ». Le fait de savoir qu’on allait apparaître sur ce projet, que Cut Killer avait déjà sorti plein de mixtapes, c’était une très grosse pression. A ce moment-là, je ne savais pas qui il allait y avoir dessus, mais je savais déjà qu’il allait y avoir son entourage : East, Fabe, Koma etc. Donc déjà ça met une pression, c’est des mecs qui ont déjà sorti des trucs, en professionnel… et nous on était pas du tout dedans.

Aujourd’hui, tu fais un seul morceau de rap et tu peux presque penser à une carrière. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de rappeurs professionnels avec des carrières.

 

On était tous des amateurs, on attendait juste d’être sur un disque, pour pouvoir nous valider et être confirmé en tant que professionnel. C’est con, mais cet acheminement, t’es obligé de passer par là quelque part, à l’époque. Donc moi, j’avais une pression de bâtard, et forcément, on s’est dit « Nous on vient d’Epinay, 93, on a une interprétation du rap plutôt à l’américaine, donc on va faire notre truc à fond. Et dans la cassette, il y avait Afro Jazz, Sléo, La Cliqua, Les Sages Poètes de la rue… laisse tomber, tout le rap céfran était dedans ! Pour nous, c’était un genre d’accréditation, de validation, ça y est t’es un rappeur, t’es dans le game rap français. » Mais c’était que la cassette ! C’était aussi notre premier contact avec Cut Killer en vrai, et on s’est dit « ça y est, on connait Cut Killer, on peut arrêter de rapper ! » (rires)

T’as dit un truc important qu’on a souvent utilisé pour décrire ton style, c’est le truc cainri, effectivement, que t’as toujours revendiqué, jusque dans le nom, Busta Flex. Toi c’est vraiment comme ça que tu voyais le rap ?

 

Carrément ! je vais même te dire : mon premier album a été mixé par Tony Smalios, qui avait mixé Mobb Deep à l’époque ! Donc on est vraiment vraiment dedans à fond. Ça a toujours été très important pour moi, parce que j’ai découvert le rap avec le rap américain ! Si tu veux, pour moi il n’y avait que la langue qui faisait barrage. Après la musique, c’est de la musique. Le vendredi soir, quand je regardais la 6, il y avait des clips de fous ! J’ai découvert NWA comme ça, De La Soul, plein de choses assez variées, donc je voyais l’étendue ce que pouvait être le rap. Tout ce que je voulais c’était que mon son sonne cainri, en français. Donc j’ai beaucoup pompé des trucs cainri de l’époque en adaptant les flows. J’étais un gros fan de Redman! Même si je m’appelais Busta Flex, en vrai, c’était Redman à mort ! A l’époque, je voyais tellement ça comme un jeu, comme quelque chose de ludique, de sympa, comme une passion, il n’y avait pas d’enjeux financiers. Je pouvais m’appeler comme je voulais, rapper comme je voulais : on ne me connaissait pas, et je voulais juste qu’on sache que j’étais un rappeur ! Flow, forme, fond, j’y accordais de l’importance, mais je voulais juste être reconnu comme rappeur, je ne réfléchissais pas au reste !

 

T’as déjà regretté de t’être appeler Busta flex ?

 

Oui. Bien sûr ! Après, tu comprends que l’identité dans le rap, c’est important. La plupart des rappeurs, ils disaient : quand j’étais petit, je faisais ça, donc on m’appelait comme ça ; je m’habillais comme ça, donc on m’appelait comme ça… et pas moi ! Moi j’étais en mode : Busta Rhymes ? Oh putain ça tue ! On ne connait pas en France, Leaders of the new school, personne ne connait ! Donc allez, je prends Busta. Funkmaster Flex, personne ne connait mais Flex, putain ça tue, donc je le prends. Busta Flex ? Oh ça sonne bien, et hop. J’ai avancé mais je me suis battu faces aux critiques. Je m’en foutais parce que je me disais que ce n’était pas le nom qui allait faire le rappeur.

 

Tu penses que si tu avais commencé à rapper maintenant, t’aurais été plus à l’aise dans cet environnement ?

 

Oui ! Parce que je pense que je m’en battrais plus les couilles, et qu’il y aurait eu moins de codes, de manières d’être… parce que moi, je fais partie de ces mecs qui ont pris le hip hop comme une religion ! Faut s’habiller comme ci, faut faire comme ça, faut écouter ça…  Donc ça n’est même pas comme si c’était un hasard, j’ai vraiment été dans ce truc-là. Donc oui, ça m’a créé des automatismes, ça m’a formaté dans un truc presque puriste.

 

Il fallait respecter des codes, quoi.

 

C’est ça. Pour moi, quand tu sortais des codes, tu prenais un risque. Aujourd’hui, les jeunes mélangent français et anglais ça me fait kiffer ! Le rebeu, le français, l’anglais, le cainf’ , tout ! Aujourd’hui tu peux tout mettre dans ta musique. Avant, cétait : « pourquoi tu mets un mot en anglais ? T’es chelou ! Rappe carrément en anglais ! » Il y a eu un groupe de gens qui ont ramené une identité française dans le rap en disant que le rap céfran devait être d’une certaine manière, qu’on ne devait pas mettre de vêtements larges… Et qu’on emmerdait les mecs qui se prennent pour des cainris… Et moi j’en faisais partie ! (rires) Il y a eu une cassure entre nous qui étions à fond cainri et ceux qui étaient rap céfran. Les Yo Yo contre les Wesh Wesh ! (rires) En plus je travaillais avec Kool Shen donc il y avait quand même une image NTM à respecter.

 

Kool Shen, c’est une des raisons pour lesquelles il n’y avait pas que de l’egotrip sur ton premier album mais également des morceaux plus sérieux ?

 

Carrément ! J’écoutais déjà beaucoup de morceaux à thèmes mais ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu mettre en avant. Mais je savais déjà faire des morceaux à thèmes. « Ma force, » par exemple, quand je l’ai écrit, je n’étais pas bien parce qu’on me critiquait déjà beaucoup à l’époque, parce que je n’étais pas dans un truc revendicateur comme les autres, je m’en battais les couilles, je faisais beaucoup d’impro, je les clashais… J’étais très arrogant dans l’image. Je le ressentais, et je voulais expliquer aux gens que j’étais un artiste. Je voulais me justifier.

Dans cet album-là, je me suis beaucoup justifié. Ça revient à ce que je te disais ! Je ne pensais même pas à mon rap, je pensais à l’attitude ! Je me disais : « mais comment il faut être dans le rap français ? Comment il va falloir que j’évolue pour qu’on me respecte ? » Parce que tout le monde me disait que je rappais bien mais on venait me casser les couilles parce qu’on pensait que j’étais un bouffon. « Pourquoi » et « Ma force » sortaient de ce questionnement.

 

Ce sont aussi ces morcaux qui ont permis aux gens de s’attacher à toi et de réaliser que tu n’étais pas qu’un freestyler.

 

Oui, les gens ont pu se projeter. Je pense que ça m’a fait autant de bien qu’aux gens, parce que j’avais besoin d’écrire ce genre de choses-là et de me livrer. Par contre, un morceau qui a été très dur à faire c’était « Ça se dégrade ». Kool Shen me disait qu’il me manquait encore un morceau à thème pour mon album. C’était l’avant dernier morceau que j’allais enregistrer, juste avant « J’fais mon job à plein temps ». J’avais la prod, je la trouvais bien, mais elle ne m’inspirait pas tant que ça. Et Kool Shen me disait « elle est bien celle-là, ça va être bien dans le skeud ». Je me revois dans les bureaux de Warner, tout seul en train d’écrire un jour, c’était la fin de l’album, fallait aller en studio, en train de galérer… J’ai dû mettre un mois à l’écrire : un petit bout de phrase par-là, de temps en temps.

 

A l’époque, les gens ont souvent cru que l’album était sorti chez IV My People alors que ça n’était pas le cas. Il y a le logo IV My People mais c’est bien sorti chez Warner. Par contre, c’est le premier album de l’entité IV My People avant qu’elle ne se mettre vraiment en place. Quel rôle a eu Kool Shen sur ce disque ?

 

Il m’a vraiment pris sous son aile dans le sens où il savait exactement quelles étaient mes lacunes et il me reprenait là-dessus : « Arrête de dire tout le temps sur le microphone » (rires). Des tics que tu peux avoir, des trucs de freestyle, des raccourcis parfois aussi : au lieu de dire telle rime, tu vas en dire une plus simple, parce que ça sonne assez bien aussi, alors que si tu te prends la tête… Il m’a appris la rigueur et le professionnalisme. Si tu veux, j’ai appris sur le tas. J’ai commencé à rapper en 92, en 95 je suis sur la cassette de Cut Killer, après je fais Hip Hop Soul Party 2, en 95/96, et j’apprends en marchant. Le soir, je dormais chez lui, on passait vraiment du temps ensemble pour qu’on puisse se connaître, qu’il puisse me parler comme il avait envie de me parler, sans prendre de gants. En fait, il m’a appris le passage du freestyle au morceau.

 

Ça te faisait quoi toi d’être sur le quatrième album de NTM ? J’imagine que ça devait être un accomplissement pour le fan du rap originaire du 93 que tu étais.

 

Incroyable ! En 95, j’étais au concert « Paris sous les bombes » de NTM au Zénith. J’étais dans la foule et j’ai pris une claque comme tout le monde. J’ai eu la chance de pouvoir aller derrière, en coulisses. On me présente à Kool Shen alors qu’il était en train de parler avec Joey Starr, et moi j’arrive tout jeune, je dis « salut, je suis un rappeur d’Epinay, 93 et tout, vous allez voir » – j’étais archi arrogant. Avec le sourire, mais arrogant. Et je me rappelle de Joey, qui m’a regardé, de haut en bas, comme il sait le faire, avec sa tête de côté là (rires), et il m’a dit « ben vas-y, arrive ! » (Rires) Je l’ai pas mal pris, je me suis dit qu’il allait falloir que je bosse ; trois ans plus tard, je me retrouve sur leur album.

 

Et tu es parti en tournée avec eux par la suite alors que, trois ans plus tôt, tu étais dans le public.

 

Ce sont des choses que je n’oublierai jamais. Quand je me suis retrouvé à faire le titre avec eux sur l’album, c’est comme si je faisais partie de NTM. Que je travaille avec Kool Shen, c’est quelque chose. Qu’ils aient été sur mon premier album c’est un truc de fou aussi parce qu’ils ne rappaient avec personne. Mais que moi je sois dans leur disque ? Là je me suis dit « ça y est, t’es dedans, on te connait ».

 

Rentrons vraiment dans le vif de l’album. Tu ouvres quasiment avec « J’fais mon job à plein temps » dont tu nous disais qu’il avait été écrit à la fin.

 

On revenait d’un concert avec Kool Shen et, le lendemain, j’avais une dernière séance de studio. Je devais enregistrer et je n’avais plus de voix. D’ailleurs, ça s’entend sur le titre, ma voix est spéciale ; il était onze heures du matin un truc comme ça et il y a Zoxea qui arrive en nous disant qu’il a une prod pour nous. J’étais déjà au studio avec Kool Shen. Il balance la prod… avec Kool Shen on devient ouf ! Parce que ce sample, je ne l’avais jamais entendu, ça passait trop bien, c’était une bombe ! Un truc de ouf, et je me dis « vas-y, j’écris tout de suite ». Ils sont partis, ils m’ont laissé au studio, et comme j’étais dans une dynamique de concert, je voulais faire un morceau où je disais qui j’étais, ce que je faisais, un peu me présenter comme un vrai rappeur, qui fait son job à plein temps.

C’était vraiment beaucoup de spontanéité. On m’attendait, on connaissait mon style, donc je n’avais qu’à le confirmer. En écrivant ce texte-là, je voulais être performant, je ne voulais pas tout de suite mettre de l’humour. C’est au fur et à mesure que j’écrivais, j’ai trouvé ce truc des questions-réponses. Quand j’ai fait ça, j’ai demandé à Kool Shen s’il voulait bien le faire ; j’avais un peu peur, j’avoue. C’est quand même Kool Shen, NTM, là c’était des trucs marrants, est-ce qu’il va bien vouloir jouer le jeu ? Et il m’a dit bien sûr, pas de problème ! Donc ça ça m’a tué, je me suis dit c’est mortel, je fais un morceau où dedans Kool Shen fait les réponses ! (rires)

 

C’était une manière forte de rentrer dans l’album.

 

Ouais ! C’était pas forcément le single pourtant. Quand j’avais pratiquement fini d’enregistrer le morceau, il y a le DA et pleins de gens de Warner qui sont venus. C’était le dernier morceau donc il y avait du champagne etc. Donc quand ils l’ont fait écouter au DA, et aux autres qui étaient là, Kool Shen était chaud à mort en disant « c’est ça le single ! », et tout le monde était chaud…

 

En fait c’est devenu le single parce que tout le monde était bourré, c’est ça ? 

 

Ben, peut-être ! (rires) Dans l’album, il y avait d’autres morceaux forts, mais c’est celui-là qu’on a sorti en premier parce qu’il y avait un engouement, une ambiance, et tout le monde s’est chauffé.

 

A quel moment, justement, tu deviens rappeur à plein temps ?

 

Ça se joue au lycée, quand je décide d’arrêter l’école pour me consacrer au rap, même si je ne gagnais pas de thune. J’avais mon BEP vente, si ça ne marchait pas, je pouvais aller à la Fnac ou à Darty. Parce qu’à la base, c’est ce que je voulais être ! Je ne voulais pas être chanteur, je voulais être vendeur, j’ai toujours kiffé ça. La vente me passionnait. J’ai fait des études d’action commerciale. J’arrête l’école, parce que l’école aussi m’a dit qu’il fallait que je choisisse. J’étais très absent avec les rendez-vous, le studio… je n’allais pas souvent en cours. J’ai fini l’année, pour avoir mon BEP justement, et j’ai fait un an de Bac pro pour mon père…  Je l’ai fait pour faire plaisir à mes parents sinon j’aurais arrêté bien avant. Mon frère a fait de bonnes études, ma grande sœur aussi, donc j’étais un peu le vilain petit canard, j’avais une pression… Quand j’ai signé, je me suis dit ça y est je suis à plein temps !!! Je suis en maison de disque, je suis un vrai artiste maintenant.

 

On a en a un peu parlé tout à l’heure mais tu disais que Kool Shen avait tout de suite apprécié le morceau « Yeah yeah Yo ».

 

Ouais. Parce que ce que les gens ne savent pas, c’est que NTM, ils ont une image de rap sérieux, hardcore, mais c’est des B-boy hein ! La prod  était de Spank et Joey Starr. Eux aussi étaient dans les débuts à essayer de placer des instrus pour les gens. BOSS n’existait pas encore. Quand j’ai écouté celle-ci je l’ai kiffé, c’est venu spontanément, yeah yeah yo. Il y a ensuite en un remix de Madizm qui est sorti en single et qui a été joué sur Skyrock.

 

Tu parles de rotation radio : avec cet album-là, tu passes à la radio, et à cette époque-là, Skyrock fait la pluie et le beau temps commercialement. Rétrospectivement, comment tu regardes cette période-là où finalement presque un seul homme pouvait dicter ce qui allait se passer pour ton disque ?

 

Tout ça, je ne l’ai pas calculé à l’époque. Je l’ai calculé beaucoup plus tard, à partir du moment où il ne jouait plus mes morceaux. C’est là que je me suis posé des questions. Mais de 98 à 2004, ils m’ont joué, donc je ne me posais pas cette question.

 

Tout allait bien.

 

Ouais, et t’es en maison de disque donc ce n’est pas toi qui gère ça : ça passe à la radio, t’es content. La première fois que je me suis entendu à Skyrock, j’ai chialé ! J’étais avec mon frère, on est allé s’acheter une crêpe, à Montmartre. On était garé, dans la voiture et le morceau ils passent : « J’fais mon job à plein temps » ! Je regarde mon reufrè, je lui dis « putain ça y est, c’est parti » et il se fout de ma gueule cet enfoiré (rires). Grâce à ça, ils ont fait Planète rap et je suis le premier invité de la formule actuelle de Planète rap.

 

De Madizm à Zoxea en passant par Sulee B Wax ou DJ Mars, tu avais un casting de choix à la production.

 

Ouais bien sûr, ça j’en étais conscient. En tant que fan de rap depuis longtemps, je savais qui je voulais, je savais le son que je voulais, je savais le style de prod que je voulais. J’avais l’occasion d’avoir qui je veux, et en plus je savais que les sons allaient sonner comme les disques que j’écoutais. Je me suis fait plaisir.

 

On arrive sur le morceau que je préfère « Un pour la basse », passe-passe mémorable avec Zoxea. On sent qu’il y a un côté freestyle dans ce titre. Comment le morceau prend naissance ?

 

Alors ce morceau, il existait déjà entre guillemets. Des années avant, Zoxea avait accepté de faire un featuring avec moi.  Je ne sais plus comment ça s’était passé mais je me suis retrouvé chez lui, à Boulogne, avec son frère. Ce n’était pas la même prod mais certaines phases viennent de ce morceau-là. On a récupéré cette spontanéité-là un petit peu. C’est Zox qui a fait la prod, il avait déjà le refrain aussi. C’est moi qui était en compet’ contre Zoxea, lui était déjà confirmé.

 

 

Comment tu regardes rétrospectivement ce côté collectif un peu « dream team » que vous aviez ? Est-ce que cette ambiance te manque ?

 

Oui, bien sûr ça me manque. Parce que c’est ça qui créé l’émulsion, c’est ça qui créé la magie de la musique ! Toi t’es dans ta cabine, tu fais ce que t’as ç faire, tu vois passer l’autre, tu vas l’écouter, lui il va venir, il va kiffer, il va t’apporter un truc, ou te mettre la pression… c’est du partage, et de la compétition. Moi j’aime ça, la compétition qui fait avancer, donc oui ça me manque. Quand tu travailles avec que des mecs de Ligue 1, tu avances!

 

Avec Zoxea, vous vous aimez bien, vous aimez bien rapper ensemble et il y a plein de gens qui vous ont demandé un projet commun. Est-ce que c’est d’actualité ? 

 

Oui oui, ça va arriver.

 

Ouais mais ça fait longtemps que vous dites que ça va arriver ! (rires)

 

Je te jure, il y a quelques mois, on était à ça de le faire ! Après moi je suis revenu dans mes trucs, Zoxe aussi mais je te jure qu’il va se faire. Si ce n’est pas pour 2018, ce sera pour 2019 je pense. J’ai rappé avec beaucoup de personnes mais je pense que c’est avec Zoxea que j’ai pris le plus de plaisir. J’aime comment il rappe, j’aime ce qu’il fait, j’aime le backer, j’aime reprendre après lui, enchainer… C’est toujours un kif.

 

Enchaînons sur un morceau important, « Kick avec mes Nike ». Tu peux revenir sur les deux versions de ce morceau ?

 

La première version avait été produite par Lone, quand je travaillais avec lui. On avait fait un maxi vinyle qu’on a distribué nous-même en 3000 exemplaires. On a fait le tour de la France pour le déposer chez des disquaires, en prévente ou en achat. Et quand on a arrêté de travailler ensemble, son équipe demandait beaucoup d’argent pour que je puisse récupérer cette version et la mettre dans mon album. J’ai arrêté de travailler avec eux et j’ai rencontré Kool Shen au même moment qui m’a dit qu’il voulait réaliser mon album. Kool Shen m’a dit de ne pas les calculer : « le texte est à toi, on va faire une autre prod ».

 

Tu as été surpris par l’impact de ce morceau ?

 

Enormément parce qu’aujourd’hui encore on m’en parle beaucoup. C’est devenu important, les gens regardent si j’ai des Nike ! (rires) Dans la musique, tu es toujours surpris par la spontanéité, et le non-calcul. Ce morceau c’était naturel pour moi et je ne me disais pas spécialement que ça allait le faire, que les gens allaient kiffer. C’est toujours la surprise.

 

On arrive sur « Esprit Mafieux, » qui est très Time Bomb dans l’esprit : produit par Dj Mars et en feat avec Oxmo. Il y avait une version qui existait avec Ali de Lunatic à la base. Comment c’est devenu ton morceau ?

 

Tout simplement parce qu’en écoutant Générations à l’époque, la seule radio qui passait le morceau, j’entends que ce morceau-là ne sortira jamais. J’ai compris tout de suite qu’il y avait quelque chose pour le grand public. Ça par contre c’était du calcul. Je me suis dit : personne ne le connaît, c’est un morceau de ouf, je m’apprête à faire mon album… vas-y je vais demander à Oxmo et Ali s’ils veulent bien le faire avec moi. Du coup Oxmo accepte. Ali n’était pas intéressé mais il n’avait pas de soucis avec l’idée. C’est comme ça qu’on a refait le morceau.

Ce qui est fort, c’est que c’est un sample de Saint-Preux, un pianiste de musique classique. Il fallait donc qu’on déclare le sample. On a fait écouter à Saint-Preux, il a kiffé et il nous a laissé les droits ! T’imagine ? Et il nous a dit que si on voulait sampler d’autres trucs on pouvait ! (rires) Un tueur.

 

Pourquoi ça a été compliqué à écrire ? A cause du thème ? D’Oxmo qui avait déjà sa réputation ?

 

Tout ce que tu viens de dire. On dirait tu rappes, toi aussi, tu connais les pressions ! (rires) Déjà la prod est très lente, j’ai pas l’habitude, moi qui aime les bpm assez élevés… ça, c’est déjà dur pour moi. Oxmo, qui met une pression depuis toujours, Ali qui n’est pas dessus donc faut que je sois à la hauteur… Et il fallait que j’ai du contenu. Oxmo en avait, il y a Kool Shen derrière moi qui attend… mec, laisse tomber, c’était un cauchemar !

 

A ce point ?

 

Ouais ! Je ne savais pas quoi dire, je ne savais pas comment le dire, le morceau existait déjà… Mais c’est un challenge en même temps. Ça a fonctionné mais j’ai vraiment galéré. Je ne l’ai pas enregistré dans la douleur mais je m’y suis pris à plusieurs reprises.

 

Il y a des termes qui reviennent beaucoup, quand tu parles de ta musique : performance, challenge, qui sont des termes de sportifs en fait. Est-ce que c’est du sport pour toi le rap ?

 

Bien sûr, j’ai toujours fait ce comparatif-là. La musique, le rap, c’est du sport. Tu dois t’entraîner, être au niveau, affronter les rookies, être exemplaire, respecter les fans… Quand je suis performant, c’est parce que je me suis entraîné. Si je suis bon, je vais faire un bon match, une bonne partie, une bonne séance, un bon concert. Quand je ne me suis pas entraîné, que je suis sur mes acquis, je le sais, je le sens, et ce n’est pas terrible. Comme pour le sport.

 

Le morceau « Pourquoi » est un morceau où tu te livres. L’inspiration est venue plus facilement ?

 

Ouais parce que j’avais besoin d’écrire ce morceau. Avant ça, on me reprochait de ne pas avoir de fond dans mes textes, que de la forme. Donc j’avais besoin de prouver que j’étais capable de ça aussi, de montrer que je pouvais toucher les gens. Je l’ai fait pour moi, mais quand il y a eu le succès, que les gens m’en ont parlé, je me suis dit que c’était un truc de fou. J’ai toujours comparé ma musique aux autres : c’est à dire que ce que je veux, c’est faire aux gens ce que la musique des autres me fait à moi. Quand des gens viennent me parler de ma musique, c’est la plus belle des récompenses.

 

Est-ce que t’as hésité avant de donner autant de choses personnelles dans ce morceau ?

 

Je me suis posé certaines questions mais, en même temps, quand t’écoutes un « Ne me quitte pas » de Jacques Brel, tu te dis que c’est aussi ce que les gens veulent entendre. Des artistes qui se livrent avec des vrais mots, en transparence. Parce que c’est rare d’entendre un artiste rap parler des choses qui lui font mal.

 

Juste après, on change d’ambiance avec Le Zedou qui est un morceau qu’on connaissait depuis la compilation L-432. Pour moi, c’est ton morceau le plus « Redman » dans le délire.

 

Ça m’est venu parce que je voulais être dans un délire de dealer, un dealer qui deal sa musique.

 

 

C’était le côté vendeur, ça ?

 

Ouais, sûrement ! Je ne fumais pas en plus à cette époque, je ne dealais pas non plus et je voulais faire ce délire du mec qui vend son disque comme un douze de shit, quoi. Je voulais vraiment faire ce parallèle-là… et aussi mettre à l’amende les rappeurs ! Dans le refrain, je dis que je suis venu remettre les pendules à l’heure. En vrai, je n’ai rien à mettre à l’heure, je suis un rookie. J’étais dans un délire comme si j’étais déjà confirmé, en fait. C’est une fiction égotrip, un peu freestyle, avec Lone au refrain qui crie, qui fout la merde, des scratchs, enfin… ce morceau est fou, en fait !

 

L’album se conclut avec « Freestyle session », avec Zoxea et NTM, là… ça kicke.

 

Ah, là ça kicke. C’est moi qui ai fait la prod en plus, et NTM rappe dessus… Un jour, je me suis demandé s’ils l’avaient fait pour me faire plaisir ! J’ai toujours un petit point d’interrogation là-dessus, parce que ce n’est pas leur style de prod. Mais ils l’ont quand même validé donc je ne sais pas. Le titre une boucherie en tout cas.

 

Comment tu vois le kickage aujourd’hui dans le rap français, toi ? Les rappeurs y sont moins attachés. C’est quelque quose qui te manque ou tu te dis que le rap a réussi à se renouveler ?

 

Un mélange des deux, forcément. Moi je suis content de ce que c’est aujourd’hui, parce que c’est mortel ! Je pense même que tous ceux qui sont restés bloqués, ou qui ne comprennent pas ou n’adhèrent pas, ont un problème. Parce que ce qu’il se passe aujourd’hui dans le rap, honnêtement, c’est trop fou. Il n’y a plus de limite, aucune. Nous on a évolué dans des cadres, aujourd’hui il n’y en a plus. Ce qui me manque, si tu veux c’est plus l’esprit de fraternité, le côté hip-hop. L’attitude.

 

Dernière question : c’est quoi l’avenir du rappeur Busta Flex ?

 

Sortir des projets, toujours être dans le son, faire des chansons qui me ressemblent… Il y a tellement de choses qui ne ressemblent pas à du rap que j’ai envie de faire donc je pense aussi à ça. C’est sûr qu’on m’entendra sur des choses bizarres. (rires) Être toujours dans le son, produire des gens, faire du son… j’aimerais bien rester dans la musique mais peut-être pas sur le devant de l’affiche. Réaliser des albums, c’est un truc qui me tiendrait vraiment à cœur.

 

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